En octobre 2007, le Grenelle de l’environnement devait permettre à la France d’amorcer un virage dans sa politique énergétique, en faisant la part belle aux énergies renouvelables. En juin 2009, le président Sarkozy promettait que pour chaque euro investi dans la recherche nucléaire, un euro le serait également dans la recherche solaire.
Des entrepreneurs français ont depuis relevé le défi lancé par nos politiques : la filière française du photovoltaïque emploie aujourd’hui près de 25 000 personnes, et les initiatives pour produire des panneaux solaires « made in France » se multiplient.
Mais ces belles promesses semblent aujourd’hui bien loin. Le gouvernement, appuyé par un lobby nucléaire qui se veut juge et partie, retire peu à peu son soutien aux énergies renouvelables. Après l’éolien, c’est au tour du photovoltaïque de subir de plein fouet les conséquences de la volte-face de nos politiques.
Alors que l’on accorde à EDF un délai de cinq ans supplémentaires pour provisionner les sommes nécessaires au démantèlement des centrales (un parc éolien ne peut pourtant pas être installé sans avoir mis de côté cet argent !!!), le marché du photovoltaïque doit subir les conséquences d’un moratoire de trois mois décidé début décembre. Déjà mises en danger par cet arrêt d’une grande partie de leur activité, les acteurs du photovoltaïque affrontent en ce moment une mascarade qui n’a de concertation que le nom, et qui doit pourtant décider de l’avenir de cette énergie et des milliers d’emplois associés
Conscients que le développement du photovoltaïque ne peut se
faire à un coût prohibitif pour les citoyens français, la filière
a proposé un dispositif qui, tout en restant en-dessous des coûts
voulus par le gouvernement, permet de dépasser les objectifs fort
peu ambitieux de la France en matière de puissance renouvelable
installée à l’horizon 2020.
Mais les propositions les plus constructives se heurtent à un mur
de cynisme et de mauvaise foi de la part du gouvernement, qui n’a
de cesse d’asséner des chiffres tous plus mensongers les uns que
les autres. Chiffres qui lui sont sans doute soufflés par M.
Proglio, PDG d’EDF qui affirme que le développement du
photovoltaïque diminue les bénéfices de son entreprise, alors que
le mécanisme du tarif de rachat et de sa compensation par la CSPE
est en fait un bénéfice pour EDF[1].
La pilule est d’autant plus dure à avaler que c’est EDF, à
travers sa filiale à 50% EDF EN, qui est en grande partie
responsable de la crise actuelle. On a beaucoup parlé de la file
d’attente de demande de raccordement au réseau électrique, signe
supposé d’une explosion incontrôlée du marché photovoltaïque.
Or la moitié de cette file d’attente est à mettre au crédit
d’EDF EN. Les grands groupes fautent, mais ce sont les PME qui
trinquent et qui doivent licencier.
La France n’est qu’une goutte d’eau dans le marché mondial
du photovoltaïque, et rien n’arrêtera la marche de cette énergie
qui a vu le coût de ses panneaux diminuer de moitié en moins de
deux ans. Mais le refus du gouvernement de soutenir durablement cette
filière et le travail de sape du lobby du nucléaire pourraient
cependant coûter leur emploi à des milliers de Français, et
laisser passer ce qui est sans doute la dernière opportunité de
créer une filière industrielle française capable de concurrencer
les géants allemands et chinois.
La France est aujourd’hui à un tournant de sa politique
énergétique. On vante les mérites d’un mix énergétique
équilibré, faisant la part belle aux énergies renouvelables. Mais
face à Areva capable de dépenser 16 millions d’euros pour un spot
publicitaire présentant de façon mensongère le nucléaire comme
une énergie propre et renouvelable, les éoliennes et les panneaux
solaires semblent bien fragiles.
Mais le plus triste est sans doute de voir que la destruction de
la filière photovoltaïque française se fait sans que le grand
public en ait conscience. On installe toujours plus d’éoliennes et
de panneaux solaires pensent-ils… En France, certains rêvent
plutôt de construire une nouvelle génération de réacteurs
nucléaires, les fameux EPR, qui enchaîneront pourtant pour encore
bien des décennies le sort de la France à cette énergie.
Depuis l’arrêté du 9 décembre, le groupe Touche pas à mon
panneau solaire, qui rassemble entrepreneurs, ingénieurs, artisans
ou simples passionnés des énergies renouvelables se bat pour
sauvegarder l’avenir du photovoltaïque en France. Il a déposé un
recours devant le conseil d’Etat pour faire annuler ce décret que
nous jugeons injuste et illégal à plus d’un titre. Le verdict est
attendu pour le 28 janvier. Une manifestation sera également
organisée sur le parvis du CNIT- La Défense le 1er février, à
l’occasion du colloque du Syndicat des Energies Renouvelables, pour
faire entendre notre voix.
Mais dans ce combat, nous ne pouvons pas nous passer de la presse,
qui est la seule à même de faire comprendre au public les enjeux de
cette guerre des énergies qui se joue actuellement.
[1] Prenons l’exemple d’un particulier ayant installé un kit
de 3 kWc sur son toit dans le sud de la France. Son installation
produit chaque année 3600 kWh. Chaque kWh est racheté par l’EDF
58 centimes. Cette dernière se rembourse alors grâce à une
contribution payée par tous les consommateurs, la CSPE, calculée
comme la différence entre le tarif de rachat de l’électricité
photovoltaïque et un prix de gros sur le marché européen de
l’électricité, pris à 5,5 centimes d’euros du kWh. Mais
l’électricité de notre particulier est en général revendue par
l’EDF près du lieu de production, à un tarif supérieur à ce
« prix de gros », 12 centimes d’euros pour un autre
particulier. Vous voyez l’arnaque ?